Le Poids du "Si seulement" : Apprivoiser la culpabilité après la perte d’un être cher
Perdre un enfant, c’est vivre un séisme qui inverse l’ordre naturel du monde. Au milieu des décombres de cette douleur, un sentiment s'installe souvent sans avoir été invité : la culpabilité. Je parle ici de la culpabilité dans le deuil d'un enfant, mais c'est un sentiment que certains vivent également dans le deuil d'un conjoint, d'un parent, d'un ami.
Elle s’insinue dans les pensées nocturnes, se nourrit de regrets et finit par devenir un second deuil, parfois plus lourd que le premier.
Si vous portez ce fardeau aujourd'hui, sachez que vous n’êtes pas seul(e). La culpabilité est un symptôme du deuil. C'est une réaction psychologique, presqu'universelle, mais elle peut être d'une intensité destructrice pour celles et ceux qui la vivent.
Pourquoi la Culpabilité nous envahit elle ?
J'ai perdu ma fille de 18 ans d'une leucémie. Pourquoi culpabiliser quand c'est la maladie qui l'a emportée, vous direz-vous peut-être... Mais si, j'ai dû traverser la culpabilité : les "et si...", les "qu'est-ce que qu'on aurait dû/pu faire d'autre...", les "j'aurais dû voir...", les "j'aurais dû savoir..."
J'ai réussi à échapper à cette culpabilité quand j'ai compris que c'était un mécanisme de mon mental face à l'impensable.
C'est un fait : Aussi bizarre que ça puisse être, notre cerveau préfère se sentir "coupable" plutôt qu'impuissant. En nous disant "j'aurais dû faire ceci", nous entretenons l'illusion que nous aurions pu contrôler l'incontrôlable. C'est une façon, bien que douloureuse, de refuser l'absurdité du drame.
Le contrat parental rompu : Être parent, c’est porter la mission tacite de protéger son enfant. Quand la vie s’arrête, nous avons l’impression d’avoir failli à notre mission de protection, peu importent les circonstances (maladie, accident, suicide) et peu importe l'âge de notre enfant.
La culpabilité du survivant : Survivre à son enfant est contre nature. Rire de nouveau ressemble parfois à une trahison. On rentre alors dans une sphère de "survie'' de laquelle il peut être parfois très difficile de sortir. S'autoriser à VIVRE peut être une étape compliquée. Je crois que c'est possible. Mais je sais aussi que pour certains, ça semble insurmontable.
Déconstruire le tribunal intérieur
Pour s'alléger, il est nécessaire de regarder cette culpabilité avec beaucoup de douceur.
La culpabilité nécessite une intention de nuire. Vous n’avez pas voulu ce qui est arrivé. Vous avez agi avec les informations et les forces que vous aviez à ce moment-là, et non avec celles que vous avez aujourd'hui, après les faits.
On juge souvent nos actions passées à la lumière de ce que l'on sait maintenant. C'est un biais cognitif injuste. À l'instant T, vous avez pris les meilleures décisions possibles avec l'amour et la conscience dont vous disposiez.
Comment cheminer vers la paix ?
Se libérer de la culpabilité ne signifie pas oublier son enfant, mais choisir de l'honorer par l'amour plutôt que par le tourment. Voici quelques pistes pour vous aider sur ce chemin :
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L’écriture de libération : Prenez une feuille. Divisez la en deux colonnes. À gauche, écrivez ce que vous vous reprochez. À droite, imaginez ce que votre enfant (ou votre défunt) vous répondrait s'il voyait votre cœur aujourd'hui. L’amour d’un enfant est pur ; il ne demande pas de sacrifice de bonheur en son nom.
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Parler pour briser le silence : La culpabilité meurt à la lumière. En partageant vos "secrets" les plus sombres avec un thérapeute ou un groupe de parole, vous réaliserez que ces pensées sont universelles chez les parents endeuillés.
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Pratiquer l'auto-compassion : Accuseriez vous votre ami(e) s'il(elle) vivait une telle tragédie ? Lui diriez vous qu'il ou elle aurait dû savoir ou faire mieux ? Vous traversez l'épreuve la plus difficile qui soit ; vous méritez de la douceur, et non des pierres.
La culpabilité est un sentiment qui peut se révéler extrêmement destructeur et je ressens toujours énormément de détresse et de désespoir dans le cœur de celles et ceux qui n'arrivent pas à se libérer de ce fardeau.
Il est possible de se libérer de ce poids, au fil du temps : l'objectif n'est pas de faire disparaître le passé, mais de transformer cette culpabilité dévastatrice en un souvenir apaisé.
Vous avez le droit de guérir. Vous avez le droit de respirer. Votre enfant vit désormais à travers la tendresse que vous vous accorderez.
Prenez soin de Vous 💜
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